Première pièce du trousseau, la chemise de cainsil ou chainse, appelée chemise cotte-linge au XIIIè siècle, puis chemise robe-linge au XIVè et enfin chemise au XVè est faite de toile de lin, de laine, de chanvre (le canevas) ou de soie. Elle s'entend accompagnée de braies (que je n'ai pas encore faites mais ce ne saurait tarder...) et l'ensemble se dénomme une paire de robe(cotte) linges.

Voilà pour les généralités. La pratique à présent.

Sur le site de Marc Carlson, j'ai remarqué la Chemise de Saint-Louis:
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Elle est datée "d'avant 1270", donc un peu tardif pour l'époque qui m'intéresse, mais le dessin général du vêtement ressemble fort à ce qui se faisait avant. Le genre "kimono" est un mode primitif que l'on retrouve sur tous les bliauds et chainses du XIIè. Et comme les sous-vêtements sont fort peu sensibles à la mode... Je vais donc tâcher de la reproduire.

Quelques indications techniques (je traduis): La chemise est faite dans une fine toile de lin, blanche, tissée serrée. Toutes les coutures sont recouvertes par une très fine bande de tissu (pas dans le biais) dont la largeur est estimée à 3-4 mm.
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Au col, une très fine parementure borde l'ouverture, et ses extrémités dépassent la pointe de l'encolure. Les rubans qui masquent les coutures des godets dépassent également le point d'insertion. Les manches et le bord sont finis par un fin ourlet roulé, estimé lui aussi à 2-3 mm.

Ce qui frappe dans la description de cette chemise, c'est la finesse des valeurs de couture et des finitions. Il faut effectivement que la toile soit assez serrée pour obtenir un résultat solide. La toile que je me propose d'utiliser compte 16 fils de chaîne pour 16 fils de trame au cm.

L'interprétation de Marc Carlson:
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En reportant les mesures prises sur le vêtement sur le dessin, je m'aperçois qu'il est au 1/10è. Chic. Ca va être plus facile à tracer comme patron! Surtout pour en déduire les mesures qui manquent...

Première constatation: Saint Louis était grand et maigre. Car si nous avons une carrure et des attaches équivalentes, je retrancherai 20 centimètres à la longueur pour pouvoir porter la chemise...
Deuxième constatation: ma toile n'est pas suffisamment serrée pour obtenir un résultat aussi fin et aussi solide que souhaité.
Troisième constatation: le système de montage est très fûté. Il permet de ne pas se préoccuper de la souplesse du tissu. C'est économique en tissu et tout à fait solide tant qu'on reste dans les limites de cohésion du tissage de la toile.
Quatrième constatation: il ne faut effectivement pas que les bandes de tissu qui recouvriront les coutures soient taillées dans le biais: elles seraient impossibles à coudre.

J'ai trouvé une photo de l'original conservé dans le trésor de la cathédrale Notre-Dame à Paris:
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Heather Rose Jones a consacré un article à la chemise de Saint Louis, avec quelques photos de détails. Elle parle de "toile à mouchoir" avec un fil un peu plus dense, et montre la finesse des coutures... Impressionnant! larmphotosmall